Petite Cité de Caractère et l'un des Plus Beaux Villages de France
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L’histoire de la Cité


La protohistoire : celtes et gaulois

L’occupation par les celtes est attestée par la présence d’un ancien mur vitrifié. Encore visible et bien que partiellement détruit au XIXe siècle, il en est fait mention depuis 1759 et de nombreux fragments en sont régulièrement mis au jour lors de fouilles ou de percements. Ainsi les fouilles archéologiques entreprises en 2006 dans la cour du château ont-elles permis de révéler, sous deux niveaux d’habitat eux-mêmes antérieurs au Moyen Âge (début de l’âge du fer ou fin de l’âge du bronze), des morceaux extraits du mur vitrifié, vestiges d’un procédé de fortification qui est longtemps passé pour énigmatique. Leur datation permettra prochainement de cerner leur âge.

Le site a ensuite été occupé par la tribu des Arviens (du nom de la rivière l’Erve), qui faisait partie du peuple gaulois des Aulerques. Ceux-ci comprenaient les Diablintes (Jublains), les Cénomans (Le Mans) et les Eburovices (Évreux). Des meules gauloises du VIe siècle av. J.-C. env. , ont été trouvées lors des fouilles de 2006 ; une ancienne voie pavée mène du Pont-neuf au Tertre Ganne. Compte tenu de la proximité des villes gallo-romaines de Noviodunum (Jublains) (23 km), et Vindunum (Le Mans) (48 km), la position géographique et stratégique de Sainte-Suzanne comme “clef du Maine” n’a pas pu être négligée. Le château ayant été construit au Moyen Âge sur une structure préexistante, seules des fouilles plus approfondies permettront de dégager des vestiges plus significatifs de l’occupation gallo-romaine.

La préhistoire

Dans le canton de Sainte-Suzanne, les grottes ornées de Saint-Pierre-sur-Erve et de Thorigné-en-Charnie témoignent avec certitude de la présence humaine dans la région depuis 25 000 à 30 000 ans au moins.

À Sainte-Suzanne même, le dolmen des Erves constitue la première trace encore visible d’habitation de cette contrée par les hommes (IVe millénaire av. J.-C.) : il s’agit du plus ancien monument de la Mayenne.

Le dolmen des Erves

Dans ce site des Erves on a trouvé en 1874 des ossements d’animaux quaternaires au milieu d’une couche d’argile noire reposant sur le sommet corrodé des bancs du calcaire cambrien et surmonté de sables, graviers et argiles rouges. La faune a été considérée par M. Gaudry comme antérieure à celle de l’Elephas primigenius. On a trouvé : Felix leo, Hyæna crocuta, Arctomys marmotta, Rhinoceros Maerckii, etc…

La pierre au diable

L’âge féodal

Le donjon est construit par les vicomtes de Beaumont-au-Maine, Fresnay et Sainte-Suzanne dans la première moitié ou au milieu du XIe siècle. De 1083 à 1086, Sainte-Suzanne est le lieu d’affrontement entre le vicomte du Maine, Hubert II de Beaumont, dont l’épouse Ermengarde de Nevers est l’arrière-arrière petite-fille d’Hugues Capet , et le duc de Normandie et roi d’Angleterre, Guillaume le Conquérant. Hubert avait depuis 1063 soutenu la lutte contre Guillaume le Bâtard ; il avait dû lui rendre en 1073 les châteaux de Beaumont et de Fresnay, mais il ne désarma jamais. En 1083, il s’enferme avec sa femme Ermengarde, fille de Guillaume Ier de Nevers, (°1029 † 1083), comte de Nevers, nièce de Robert de Nevers, (°1035 † 1098), dit Robert le Bourguignon, dans le donjon de Sainte-Suzanne, y réunit une élite de chevaliers, et harcèle jusqu’au Mans les partisans du Conquérant de l’Angleterre.

Le donjon de Sainte-Suzanne aujourd’hui

Celui-ci se décide en 1083 à venir au secours des siens, mais renonce à attaquer de front le château, situé au sommet d’une colline protégée par des vignes inextricables. Il installe un fort dans le val de Beugy à 800 m du château, et y laisse une troupe nombreuse et aguerrie sous les ordres d’Alain Le Roux, comte des Bretons.

Les faits d’armes sont presque toujours à l’avantage des assiégés, qui capturent et mettent à rançon les chefs anglo-normands. Parmi eux, plusieurs chevaliers sont tués : Robert d’Ussi, Robert de Vieux-Pont, Richer de l’Aigle (18 novembre 1085), Mathieu de Vitot (janvier 1086), Hervé Le Breton, chef de la milice. La guerre s’enlisant, et après un siège de quatre ans dont subsiste aujourd’hui le Camp de Beugy ou Camp des Anglais, les assiégeants entrent alors en pourparlers de paix et Hubert II, muni d’un sauf-conduit, traverse la Manche jurer une alliance qu’il respecte ensuite loyalement. Les héritiers de Guillaume, qui meurt en 1087, respectent aussi cette paix, faisant, de fait, de Sainte-Suzanne la seule forteresse que Guillaume le Conquérant ne parvint jamais à prendre, et citée comme telle dans l’Histoire d’Angleterre.

Forte de cette victoire, la forteresse militaire se développe jusqu’au XIVe siècle. En 1189, après la prise du Mans par Philippe-Auguste, le roi Henri II d’Angleterre passe à Sainte-Suzanne.

En 1241, il est fait mention du « Chemin du roy », passant par Sainte-Suzanne : Vigor, paroissien de Sainte-Suzanne, est accusé par le procureur du bailli royal d’y avoir commis un meurtre.La famille de Beaumont contribue par ailleurs à la restauration de l’Abbaye Notre-Dame d’Évron (985-989), à la fondation des abbayes de Solesmes (1010) et de Vivoin (1058-1062), enfin à l’édification de l’abbaye d’Étival-en-Charnie (1109), et à celle de la Chartreuse du Parc-en-Charnie (1235-1236).

Le Moyen Âge

Pendant la Guerre de Cent Ans, la place est aux mains des Français avant le traité de Brétigny (signé le 8 mai 1360 entre Édouard III d’Angleterre et Jean II le Bon et qui permet une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans) ; Marguerite de Valentinois, veuve de Jean II de Beaumont-Brienne, et son fils Louis II de Beaumont-Brienne, encore enfant, s’y trouvent le 15 mai 1359.

Au XIVe siècle, tous les sujets sont contraints à venir faire le guet au château, obligation contre laquelle protestent en 1369 et 1396, au nom de leurs hommes et serviteurs, les Chartreux du Parc d’Orques et les Bénédictines d’Étival. (En 1460, pour s’exempter du guet au château de Sainte-Suzanne, les habitants de Thorigné-en-Charnie, dont le château dépendait de la baronnie de Sainte-Suzanne, déclarèrent qu’ils étaient de la baronnie de Sablé…)

En 1415, les Anglais, maîtres de la Normandie, s’apprètent à envahir le Maine. Dès 1417, ils se partagent les places fortes ; John Popeham se titre capitaine de Sainte-Suzanne : c’est une menace. Tous les sujets, même ceux qui en étaient de droit exempts, se soumettent en 1419 à faire le guet au château “à cause de l’estat du temps présent et des éminents dangiers qui, à l’occasion de la guerre, pourroient avenir en la ville”. Le duc Jean Ier d’Alençon (Valois), tué en 1415 à Azincourt, c’est sa femme Marie de Bretagne qui devient duchesse d’Alençon et met en état de défense ses différentes forteresses. Le commandement de Sainte-Suzanne est confié en 1422 à Ambroise de Loré, compagnon de Jeanne d’Arc, qui tient bon jusqu’en 1425. La garnison opère même des sorties avec celles de Montsûrs, Laval, Château-Gontier (janvier 1423).

Pendant l’été 1425, Thomas Montaigu, Comte de Salisbury attaque Le Mans, vaillamment défendu par Ambroise de Loré 20 jours, le 2 août. Sainte-Suzanne, où Loré s’est renfermé, est finalement prise le 10 août 1425 par les Anglais, emmenés par une armée considérable. Salisbury s’installe au Tertre Ganne et utilise l’artillerie pour détruire les remparts. Avant le 30 août, on mène en trois charrettes, d’Argentan à Alençon, une grosse somme de deniers… pour les soudoyers estans aux sièges de Sainte-Suzanne et autres places du pays du Maine. Salisbury est en personne, le 3 septembre 1425, au siège devant Sainte-Suzanne, où il reçoit des lettres du receveur général. La brèche faite dans les remparts, Loré, gouverneur de la cité, prisonnier avec la garnison, doit se rendre et payer une rançon de 2000 écus d’or. Sainte-Suzanne reste alors anglaise durant quatorze ans, et doit payer à Jean de Lancastre duc de Bedford, comte du Maine, des « sauvegardes, appatis ou bullettes, et obtenir des anglais des sauf-conduits ou congés ». Loré se retire à Sablé pour reprendre la lutte sans défaillance.

En 1426 Ambroise de Loré vient en vue de Sainte-Suzanne surprendre, avec un détachement de 150 hommes, entre le lieu-dit La Crousille et le village d’Ambriers, un détachement de 200 à 240 Anglais commandés par un neveu de Falstaff, l’écuyer Henry Branch qu’il capture avec sa troupe. Il pousse même une pointe hardie jusque dans les faubourgs du Mans, qui tombent un instant entre ses mains. Mais Sainte-Suzanne, garnie des 2 à 3 000 soldats de Falstaff, reste aux mains des Anglais.

Le 20 août 1431, c’est Jean II d’Alençon lui-même, accompagné du sire André de Lohéac et du baron de Coulonces, encouragés par leurs succès militaires depuis deux ans, qui tente d’assiéger Sainte-Suzanne pour reprendre son propre château ; la frayeur est grande dans la ville et dans les autres garnisons anglaises (Alençon, Fresnay, Argentan, Louviers, Le Mans, Rouen, et même Paris), priées par Thomas Gowen, gouverneur d’Alençon, de se porter au secours des anglais de Sainte-Suzanne. Le roi Henri VI d’Angleterre demande d’urgence des renforts au bailli de Rouen. Mais les Français ne peuvent livrer d’assaut décisif avant l’arrivée des renforts et battent en retraite : Le soir du 4 septembre 1431, on vit briller des feux et paraître des enseignes de secours en divers lieux sur les hauteurs voisines : le coup était manqué pour cette fois, et les Anglais maintinrent d’importants renforts à Sainte-Suzanne.

La ville n’est reprise qu’en décembre 1439 par les Français emmenés par Jean V de Bueil, un soir que le commandant Matthew Gough est absent, grâce à la complicité d’un soldat anglais John Ferremen, marié à une Suzannaise. Mais le Sire de Bueil s’installe aux détriments de la famille d’Alençon, ses légitimes propriétaires. En mars 1441, le roi Charles VII de France lui fait enjoindre de restituer la cité. La ville n’est véritablement rendue à la famille d’Alençon qu’en mars 1447 : le 16 avril 1447, la duchesse d’Alençon reçoit à Sainte-Suzanne l’Hommage de ses sujets. Les Anglais quittent en 1448 une région profondément ravagée.

Les guerres de religion

L’église de Sainte-Suzanne est rebâtie sur l’emplacement de l’ancienne dans les années 1526-1536 ; elle est consacrée le 31 mai 1553 par Jean VIII Jouvenel des Ursins, évêque de Tréguier (en résidence au Mans), coadjuteur de Jean du Bellay (1492-1560).

Sainte-Suzanne demeure en paix jusqu’au temps de la Sainte Ligue, qui se forme en 1576.

En effet, par mariages et héritages successifs, la forteresse est passée aux Beaumont-Brienne, puis à la famille d’Alençon. Charles IV d’Alençon se marie en 1509 avec Marguerite de France (1492-1549), laquelle se remarie en 1527, après son veuvage d’avec Charles IV, avec Henri II de Navarre, père de Jeanne d’Albret.

À la mort de celle-ci en 1572, Sainte-Suzanne échoit donc à Henri de Navarre et a beaucoup à souffrir des guerres civiles. Cité royale (étant du domaine du roi -alors protestant- de Navarre), elle est en même temps géographiquement proche de Mayenne, si souvent prise et reprise par les différents partis. Sainte-Suzanne est assiégée en vain par les Ligueurs en septembre 1589. C’est Claude de Bouillé qui défend Sainte-Suzanne contre les ligueurs en 1589.

Mais, en 1593, le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne pour la Sainte Ligue, prend Craon et Laval ; il donne le commandement à Urbain de Montmorency-Laval Boisdauphin, qui prend Château-Gontier et Sainte-Suzanne, détruisant une partie des remparts et la tour poudrière; il remet ces places, ainsi que celle de Sablé-sur-Sarthe, au roi, faisant sa paix avec lui. Urbain de Montmorency-Laval Boisdauphin reçoit en récompense son bâton de maréchal en 1599.

Durant cette période, la baronnie de Sainte-Suzanne, propriété du roi (Henri IV de France depuis son sacre le 27 février 1594), est vendue par lui le 27 septembre 1594 pour 18000 écus à son épouse, Marguerite de France (1553-1615), dite la reine Margot, qui la détiendra dix ans (1594-1604).

Le XVIIe siècle : le grand Siècle

En 1604, Guillaume Fouquet de la Varenne, homme d’État et ministre de Henri IV, achète à la première épouse du roi, Marguerite de France (1553-1615) dite la Reine Margot, les ruines de la vieille forteresse pour transformer l’ancien château en demeure résidentielle. Ce projet n’est pas achevé, car l’assassinat du roi en 1610 amene progressivement la déchéance de Guillaume Fouquet de la Varenne, Il reste cependant de cette période le logis, un beau corps de bâtiment dans le plus pur style du début du XVIIe siècle.

Sainte-Suzanne, devenue baronnie puis marquisat, passe ensuite, après la descendance de Fouquet de la Varenne, à la famille de Champagne de Villaines, puis à celles de César Gabriel de Choiseul-Praslin et de Charles de Beauvau-Craon et enfin à Ange Hyacinthe Maxence, baron de Damas.

Fouquet de la Varenne

En juillet 1661 des lettres patentes signées de Louis XIV concèdent « Foires & marchez pour la Ville de Saincte Suzanne le premier mardi de janvier, le mardi de la semaine Sainte, le jour de la Saint Mathieu , le jour de la Saint Eutrope, le jour de la Sainte Suzanne et le lendemain de la fête de tous les Saints“.

L’économie (agriculture, élevage, artisanat : meunerie, tannerie, papeterie, fabrique de cartes à jouer…) devient active.

Timbre-poste paru à l’occasion de la journée du Timbre 1946

Sainte-Suzanne connait aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle une vie administrative et juridictionnelle active. Les notables sont donc nombreux à Sainte-Suzanne sous l’ancien Régime. Les maisons bourgeoises qu’ils construisent intra muros traduisent encore aujourd’hui cette activité qui déclinera après la Révolution française.

  • Déjà en juin 1589, par lettres datées du camp de Gergeau, Henri IV avait ordonné de transférer à Sainte-Suzanne la sénéchaussée, siège présidial, eslection, prévôté, recepte des tailles, taillon et grenier à sel du Mans, ainsi que les juridictions de Mayenne et de Sablé, ordonnances qui restèrent sans doute lettre morte et qui, en tout cas, furent rapportées par d’autres lettres, données au camp d’Alençon en décembre 1589.
  • Il existe de fait en 1624 un siège prévôtal de maréchaussée chargé de juger les crimes et délits (présence d’un lieutenant de maréchaussée en 1640). Chef lieu de bailliage.

La malle-poste(Maquette du musée)

En Janvier 1657 est établie une messagerie ordinaire de poste aux chevaux, de Vitré, Laval, Évron, Sainte-Suzanne, Le Mans, vers Paris. Un bureau de messagerie pour Le Mans existe en 1611 et 1684. Un bureau de Poste aux lettres aurait existé dès 1675 à Sainte-Suzanne comme bureau de distribution

Le XVIIIe siècle, l’administration sous l’ancien régime

  • En 1725, un grenier à sel est créé, engendrant parallèlement une activité de faux-saunage. Au milieu d’une des crises les plus redoutables que la monarchie française ait eu à traverser, lorsque les Anglais étaient maîtres d’une grande partie de la France, et que toutes les ressources du Trésor étaient épuisées, le sel devint en 1343 un monopole d’État par une ordonnance du roi Philippe VI de Valois, qui institua la gabelle, un impôt considérable sur le sel que les habitants durent désormais acheter dans les greniers royaux. Cet impôt était partout très onéreux; mais il était dans le Maine d’une perception plus difficile et par conséquent plus vexatoire, parce que cette province était voisine de la Bretagne, dans laquelle le commerce du sel était libre et non grevé d’impôt; la fraude était aussi facile que fréquente, et les moyens employés pour la réprimer plus rigoureux. Le grenier à sel de La Gravelle ayant été supprimé en 1725, il en fut formé un la même année à Sainte-Suzanne. Ce tribunal, établi pour juger des différends qui survenaient entre les Traiteurs qui avaient la ferme du sel et les habitants, et pour poursuivre toutes les fraudes qui pouvaient se commettre relativement à l’impôt des gabelles, était composé à Sainte-Suzanne d’un président, d’un grenetier, d’un contrôleur, d’un procureur du roi, ayant tous la qualité de Conseillers du Roi, d’un greffier et d’un huissier. Le greffier et le contrôleur remplissaient au tribunal les fonctions de conseillers auprès du président : ils étaient tenus d’être présents quand on apportait le sel au grenier et pendant la distribution qu’on faisait aux habitants. Mais les fermiers généraux mettaient ces deux conseillers dans leurs intérêts en leur attribuant, comme à leurs propres agents, une gratification proportionnelle au bénéfice résultant de l’excédent trouvé à la fin de l’exercice dans le grenier à sel. Il en résultait que les intérêts des habitants pouvaient souffrir de la parcimonie avec laquelle on leur distribuait ce qu’ils achetaient réellement.

La serrure du grenier à sel

Bien que ces fonctions ou charges publiques si multipliées puissent être cumulées, et que quelques-unes des moins importantes le fussent en effet, elles avaient eu pour résultat de former et de maintenir à Sainte-Suzanne une nombreuse bourgeoisie. Le curé Jean-François Marquis-Ducastel notera ainsi les noms de ces familles : Aveneau, Bassoin, Bésognard, Coignard, Coutelle de la Houssaye, Coutelle de la Tremblaye, Fauvelais, Marsollier, Mustière, Olivier, Panais, Pélisson, Provost, Riballier, Saudubray, Sorin. Une des plus considérables paraît avoir été la famille Pélisson qui avait plusieurs branches : les Pélisson du Bois, Pélisson de Gennes, Pélisson du Defay, Pélisson de la Pommeraye, Pélisson de la Touche et Pélisson du Vernay. On sait que, sans être noble, une personne pouvait posséder une propriété nobilière donnant droit à un titre; la bourgeoisie était très désireuse de cette distinction, qui la rapprochait de la noblesse; et ceux même qui ne possédaient pas de propriétés nobles prenaient volontiers le nom d’une de leurs terres. Outre les Pélisson et Coutelle ci-dessus, on trouve encore Bassoin, sieur de la Hervoyère, Sorin, sieur des Hardouinières, Panais, sieur de la Durairie, ou Hodé de la Huberdière, premier huissier du grenier à sel. Le président du baillage en 1605, Jean Delavigne, prendra le nom de de Lavigne de Sainte-Suzanne ou de Lavigne Sainte-Suzanne

Le vieux manoir côté jardin

Deux manoirs (dont l’un, Renaissance, jouxtant la tour du château, fut sans doute la demeure des premiers sénéchaux et gouverneurs de la cité, puis celle des présidents du grenier à sel et du bailliage; l’autre, situé derrière l’hôtel de ville, appartint à la famille Provost puis à la famille Ollivier, avocats) et de nombreuses maisons cossues apparaissent alors dans la cité, destinés à cette bourgeoisie liée à l’administration et à la fiscalité royales; on compte alors plusieurs notaires, et même un chirurgien.

Le vieux manoir côté château

Ces demeures remplacent des masures datant du Moyen Âge, dont les plus belles pierres de granit ou de grès roussard sont toutefois réutilisées pour les entourages des portes et des fenêtres des nouvelles demeures. À la Révolution, le grenier à sel sera pillé par la population (en octobre 1790).

  • En 1743, un receveur des consignations est en fonction.
  • Poste de gabelle en 1746.
  • En 1771, l’Hôtel de ville comprend un échevin, des conseillers, un syndic-receveur, un secrétaire-greffier et le procureur du roi. On note cette même année la présence de deux notaires et, en 1773, d’un archer-garde des monnaies.
  • La ville n’eut pas de Conseil municipal proprement dit avant la Révolution française, quoique des pièces administratives aient été adressées aux “maire et échevins“, avant 1699. Mais, en vertu des édits d’août 1764 et mai 1765, qui accordaient aux villes de moins de 2000 âmes une municipalité composée de deux échevins, trois conseillers, un syndic receveur, un greffier et six notables, les habitants de la ville et du faubourg de la Taconnière, ceux de la Rivière, et enfin ceux du reste de la paroisse, se réunirent séparément les 13 et 14 août 1765. Ils nommèrent pour chaque quartier trois délégués, qui élirent six notables (Joseph Basoin, notaire ; Alexandre Aveneau, chirurgien, Michel-Louis de la Mustière, Fermier de la baronnie), un écclésiastique (le curé, Charles-Nicolas Le Mesnager), deux officiers, un bourgeois, un marchand (Louis Rable), un laboureur ou un artisan (Michel Bion, fermier à “la Pilonnière”) . Ceux-ci nommèrent alors :
    • leurs deux échevins : Jacques Aveneau, contrôleur au grenier à sel, et Olivier Provost, avocat ;
    • les trois conseillers : René Coutelle, président au grenier à sel, Jean-Baptiste Coignard, seigneur du Tertre, ancien commensal de la Maison du roi, et René Provost de Brée, négociant ;
    • le syndic receveur, François Coutelle ;
    • le greffier, Antoine de Bert.
  • En 1790, le tribunal du district d’Évron est attribué à Sainte-Suzanne.

Il est alors composé de Juliot-Morandière aîné (président), de Pré-en-Pail, de Provost des Vignes, Berthelot (notaire à Izé), Bourmault (procureur à Évron), Le Sueur, (procureur à Beaumont-le-Vicomte et Jean-Baptiste Jouannault (greffier). Au XIXe siècle est mise en place une justice de paix.

  • Chef-lieu de canton en 1790. En Pluviôse an V (1798), Julien François Ollivier est président de l’ administration cantonale. Simon Pierre Bigot (° Saint-Pierre-sur-Erve, 24 janvier 1767) est secrétaire de l’administration municipale du canton de Sainte-Suzanne ; il se marie le 30 vendémiaire an VII (21 octobre 1798) avec Victoire Addé (° Sainte-Suzanne, 26 décembre 1773), première directrice de la Poste aux lettres du Bureau de Sainte-Suzanne, créé comme Direction en 1791, supprimé fin 1797-1798 et rétabli fin 1799.
  • Administration fiscale : Sainte-Suzanne est au XIXe siècle chef-lieu de perception pour Sainte-Suzanne, Blandouet, Chammes, Torcé et Viviers, et compte un receveur d’enregistrement et un receveur des contributions indirectes.
  • Demandée en l’an VI, la gendarmerie est supprimée en 1857, puis rétablie en 1872. La commune compte en outre un conducteur des Ponts et chaussées et deux notaires.

La révolution française

En 1789, le curé écrit en marge des registres paroissiaux d’État-civil que l’année est la plus remarquable du siècle présent, par les évènements rares qu’elle nous présente en abondance. L’hiver a été le plus rigoureux qu’on ait jamais senti dans nos climats : il a commencé dès le 22 novembre 1788 et il a continué jusqu’au 18 janvier suivant. La rivière a été prise de glace durant tout ce temps, en sorte que les papeteries ont été arrêtées. Les moulins à farine ne pouvaient moudre. On a été sur le point d’éprouver la plus grande disette. On s’est servi des moulins à tabac pour moudre les grains. Les forêts ont éprouvé de grands ravages, et beaucoup de bois ont péri… Et, en mai 1789 : Les États généraux sont assemblés à Paris. Les Assemblées ordinaires se tiennent à Sainte-Suzanne pour le canton. Elles forment les électeurs pour l’Assemblée du Mans. Dix députés sont envoyés du Clergé, de la Noblesse et du Tiers état. L’on prend les armes dans toutes les villes et dans tous les bourgs…

Les cahiers de doléances des communes du canton se bornent à demander la réforme des impôts (et surtout la suppression de la Gabelle du sel), l’amélioration des chemins, l’établissement de Sœurs de Charité. Pourtant, les délits réprimés par les magistrats du baillage et de nombreux textes laissent imaginer la souffrance du peuple en cette fin de XVIIIe siècle.

Le 14 juillet, la prise de la Bastille n’émeut pas de manière apparente la population, mais par contre, en septembre, l’abandon du marché accordé en 1661 par Louis XIV, et les entraves éprouvées dans les marchés voisins par les boulangers et les cultivateurs jettent quelque trouble dans les esprits… Ce calme apparent s’explique en partie par la situation isolée de la petite ville. Cependant, une bonne partie de la population du Bas-Maine et la bourgeoisie de Sainte-Suzanne ont déjà embrassé avec ardeur les idées nouvelles.

La cité abrite une garnison républicaine; le capitaine de la garde nationale, Delelée, envoie le 1er juin 1790 une adresse enflammée à l’Assemblée nationale. En octobre, la population pille le grenier à sel.

Perrine Dugué

Sainte-Suzanne prend le nom de Mont-d’Erve; à partir de 1793, les Chouans sillonnent la campagne et la forêt de la Charnie. Le 2 avril, on assure que depuis quelque temps se forme une espèce d’attroupement dans les bois de Montecler et de La Chapelle-Rainsouin, et qu’un citoyen de Châtres-la-Forêt y a été désarmé par neuf personnes. Le lendemain, un nouveau rassemblement est signalé… De jour en jour, les succès de la Vendée surexcitent davantage les partisans de la Révolution… Des détachements de volontaires se forment pour marcher les uns aux frontières, les autres au secours du département de Maine-et-Loire…

Le 17 octobre 1793, une troupe de 1200 hommes se concentre dans la ville, dont on répare les brèches à la hâte, par peur des Vendéens. Cette garnison se porte sur Le Mans le 3 décembre 1793. Le 13 au soir, lendemain de la bataille du Mans, François-Joseph Westermann, surnommé « le boucher des Vendéens », qui a massacré les fuyards dans sa course depuis Le Mans, couche à Sainte-Suzanne.

Le 10 octobre 1793, René Jean Baptiste Serveau, qui en 1788 avait pris à ferme avec Mathurin Julien Dalibourg le domaine de Sainte-Suzanne, offrit au directoire d’Évron de lui en livrer le chartrier qu’il avait entre les mains, pour le jeter aux flammes. Le brûlement de 439 liasses regroupant 3347 documents est mentionné dans un acte du 30 janvier 1794.

De nombreuses escarmouches ont lieu de 1794 à 1799 entre les gardes nationaux et les chouans de la Charnie. Une jeune fille républicaine de 19 ans de Thorigné-en-Charnie, Perrine Dugué, est assassinée par trois Chouans le 22 mars 1796, et donne naissance à un curieux “culte”.

En raison des malheurs qui arrivent continuellement dans le canton, ordre est donné le 3 mars 1797 de faire des patrouilles pendant la nuit et de tenir les portes de ville fermées. Le 3 juin 1798, la situation du canton n’est pas rassurante… Les patriotes prennent peur . Le 3 avril 1799, ordre est donné par le Département de se tenir en garde contre un coup hardi que doivent tenter les brigands.

Le XIXe siècle

Les sympathies napoléoniennes de la cité lui valent ensuite pendant les Cent-jours le surnom de l’Île d’Elbe. À la fin des Cent-jours, un détachement royaliste, commandé par Camille de Pontfarcy, vient le 10 juillet 1815 pour s’emparer de Sainte-Suzanne, et veut livrer l’assaut. La population, rejointe par des réfugiés, se barricade dans la cité, prête à résister. Mais il y a seulement quelques coups de fusil, et les royalistes se retirent à Évron sur ordre venu de Laval. Le 13 juillet, le maire ayant fait dire que la ville se rendait sans condition et que les réfugiés l’avaient quittée, Eugène Boullier vient en prendre possession. Les habitants « reçurent les royalistes avec un morne silence et une tristesse marquée ». Jacques Marquis-Ducastel, frère de l’ancien curé, est nommé maire en juillet 1815 en remplacement d’Edouard Delespinasse, aux sympathies napoléoniennes sans doute trop marquées, qui est aussi régisseur du château. Le bruit court que de sinistres complots se trament encore. Si ces bruits sont vains, il est certain que la classe dirigeante n’est pas gagnée à la légitimité, et que l’on salue avec joie fin juillet 1830 (Trois Glorieuses) la chute de Charles X.

  • Le faubourg artisanal de La Rivière. Du XVIe siècle au début du XIXe siècle, grâce aux nombreux moulins sur l’Erve, une vie industrielle et artisanale intense anime les hameaux de La Rivière : Pont-Perrin, Grand-Moulin (ancien four banal dit “moulin au Vicomte”), Pont-Neuf (moulin, carrière de pierres), Choiseaux, Mécanique, Gohard, Château-Gaillard, Moulin aux lièvres, Saugère, Bourg-Guyon, Patache, etc. Tannerie, moulins à blé, à papier s’échelonnent tout au long de la rivière. Au milieu du siècle, ce faubourg “industriel” compte même autant d’habitants que la population agglomérée. Les papeteries de Sainte-Suzanne fonctionnent intensément de 1544 à 1820 environ. Mais ces activités déclinent rapidement à la fin du XIXe et au début du XXe siècle avec l’abandon du projet d’installation d’une usine d’électricité et le développement des méthodes de fabrication et des moyens de communication. Le faubourg artisanal ne parvient pas à passer le cap de l’industrialisation.

Le Grand moulin

Les années 1830 – 1850 sont marquées par le déclin économique (fermeture des papeteries, tanneries…), alors que la cité n’a jamais compté autant d’habitants. L’apparition, en 1845, d’une fabrique de briques, ne compense que très faiblement ces disparitions. Les journaliers agricoles, qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre, ne sont pas facilement employables l’hiver; il est indispensable de fournir du travail à ces ouvriers sans ouvrage, et de quoi leur procurer du pain, alors même que les céréales sont devenues très chères suite à des hivers rigoureux.

Une tannerie

La population aisée devra donc se montrer charitable envers les indigents, aussi bien par esprit de solidarité que par réflexe de défense, pour éviter les dangers de la mendicité. En 1847, le Conseil municipal crée un atelier de charité destiné à employer les ouvriers à réparer les rues et à refaire des chemins de communication. Les habitants fortunés sont appelés à favoriser la poursuite de ces travaux sous forme de souscription.

Rien d’étonnant dans ce contexte à ce que la cité affirme ses sympathies à la Révolution française de 1848.

En 1852, on distribue aux pauvres une somme qui était destinée aux fêtes publiques. En 1855, le Préfet incite les communes à créer des sociétés de secours mutuels. Le Conseil municipal, « tout en reconnaissant l’utilité de pareilles sociétés, a décidé que le moment ne lui paraissait pas opportun pour en créer une actuellement en la commune, à raison de l’extrème détresse où se trouve la classe ouvrière par suite de la cherté des denrées aliementaires, ce qui l’empêcherait de fournir aucune cotisation, et parce que la souscription qui vient d’avoir lieu pour former un bureau de charité serait aussi un obstacle à ce que les personnes aisées contribuassent à former le fonds social. Il existe d’ailleurs dans la commune une Société de dames charitables pour le soulagement des pauvres malades. Elles font elles-mêmes la quête, le dimanche, à l’église, et avec les ressources qu’elles se procurent ainsi, elles distribuent aux malades les secours dont ils ont besoin en pain, viande, vin, linge et médicaments ».

Les marchés hebdomadaires et les 8 foires annuelles sont, en revanche, plus florissants. A chaque foire sont présentés en moyenne entre 400 et 600 bovins, 100 à 350 équins, 100 à 400 porcins, et 80 à 100 ovins, la foire du 31 décembre 1885 rassemblant par exemple 1350 animaux.

Médaillon prussien

Lors de la Guerre de 1870, la commune est occupée du dimanche 15 au mardi 31 janvier 1871 par les uhlans, qui réquisitionnent habitations, vivres et fourrage. Abandonnée par les débris du 17e corps (Colomb), la municipalité avait fait arborer le drapeau blanc. Deux reconnaissances des Français le 16 et le 23 constatent que la ville est évacuée, mais le lendemain 24, le 6e hussards de Silésie s’y installe et ne se retire qu’à l’armistice, la ville étant comprise dans la zone neutre.

Une chronique au jour le jour de l’occupation prussienne a été tenue par l’Abbé Julien Monguillon, curé de Sainte-Suzanne de 1865 à 1877.