Petite Cité de Caractère et l'un des Plus Beaux Villages de France
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Occupation anglaise


La prise de Sainte-Suzanne

  • Compte tenu des armes disponibles jusqu’au début du XVe siècle, la cité fortifiée de Sainte-Suzanne demeure imprenable durant quatre siècles (cf. le siège de Sainte-Suzanne de 1083 à 1086 soutenu par Hubert de Beaumont contre les troupes de Guillaume le Conquérant retranchées dans le camp de Beugy).
  • Les places de Beaumont, Fresnay et Sainte-Suzanne, qui avaient joué un rôle important dans la lutte des Manceaux contre Guillaume, reprennent en effet de l’importance au cours de la guerre de Cent Ans. Mais l’invention de l’artillerie va changer fondamentalement la donne.

Au début du XVe siècle, la vicomté de Sainte-Suzanne, Beaumont et Fresnay est détenue par la famille d’Alençon :

Pierre II d’Alençon “le noble” l’a reçue par son mariage en octobre 1371 avec Marie Chamaillart d’Anthenaise et l’a détenue jusqu’à sa mort à Argentan le 20 septembre 1404 ;

Son fils Jean Ier d’Alençon “le sage“, Pair de France, meurt à 30 ans lors de la bataille d’Azincourt, le 25 octobre 1415 ;

Son fils Jean II d’Alençon “le beau” lui succèdant alors qu’il n’est âgé que de six ans, c’est la Duchesse d’Alençon Marie de Bretagne, veuve de Jean Ier, qui, face à l’avancée anglaise, met en alerte l’ensemble des forteresses que la famille d’Alençon détient dans la région du Mans : Beaumont, Fresnay et Sainte-Suzanne.

  • L’invasion anglaise de 1417 marque en effet le début de cette période décisive. Après avoir conquis en quelques jours la Basse-Normandie, Les Anglais se sont avancés jusqu’aux frontières du Maine et menacent la province. Dès 1419, tous les sujets de la châtellenie de Sainte-Suzanne, même ceux qui en sont exempts en droit, se soumettent à faire le guet au château à cause de “l’estat du temps présent et des éminents dangiers qui pourraient advenir en la ville“.
  • La population, qui avait résisté de longues années – et victorieusement – aux tentatives d’annexion des normands, est en effet peu encline à céder aux ambitions anglaises.
  • Ambroise de Loré, futur compagnon de Jeanne d’Arc, se signale par de nombreux exploits et par son courage dans la défense du château de Fresnay, de 1418 à 1420. Mais il se fait prendre lors d’une sortie et se fait délivrer par les Français lors d’un coup de main sur le château de Croissy.
  • Le commandement de Sainte-Suzanne lui est confié en 1422. Adepte de la défense offensive, il fait de nombreuses sorties. Dès le mois d’août 1422, il pousse une pointe hardie sur la ville de Bernay (Eure), qui estoit moult garnie de peuple et de grans marchandises. En revenant il bat près de Mortagne-au-Perche un fort détachement anglais.
  • De retour à Sainte-Suzanne, il tourne ses efforts vers le château de Fresnay, qu’il ne peut pardonner à ses adversaires de lui avoir enlevé. Au mois de novembre, avec l’aide de Jean du Bellay, il tente de reprendre la place par surprise, mais le coup manque. Plus fortuné que ses compagnons, Ambroise de Loré parvient du moins à se replier sans encombre sur Sillé et Sainte-Suzanne. L’année suivante, le 26 septembre 1423, Ambroise de Loré prend une éclatante revanche en assurant la victoire par une habile manœuvre lors de la bataille de la Brossinière.
  • En 1424, Ambroise poursuit ses sorties et enlève parfois quelques notables pour les échanger contre rançon.
  • Mais avec l’année 1425, les fructueuses chevauchées finissent pour le capitaine de Sainte-Suzanne.

La prise de Sainte-Suzanne par les Anglais

  • Le 10 août 1425, Salisbury, à la tête d’une armée considérable, s’empare du Mans et aussitôt la ville soumise et occupée, dirige toutes ses forces sur Sainte-Suzanne pour en finir avec ce centre de redoutable résistance. Les Anglais ont fait des efforts exceptionnels et organisé l’expédition avec un soin extrème. Non seulement, suivant leur méthode, ils ont eu recours à la cavalerie de Saint-Georges, et envoyé d’Alençon au Comte de Salisbury, devant Sainte-Suzanne, de grosses sommes de deniers pour payer largement ses soldats, mais ils ont acheté pour lui à Paris d’énormes quantités de munitions, entre autres des milliers de livres de poudre à canon, et, pour la première fois, ils ont mis à sa disposition un véritable parc de siège, avec de grosses bombardes que traînent quatre-vingts bœufs.

La cité médiévale de Sainte-Suzanne (Mayenne) vue du Tertre-Ganne

  • Le site du Tertre Ganne, plus élevé que la forteresse, est alors utilisé comme plate-forme d’attaque. Il subsiste aujourd’hui sur le site des petits monticules de terre et de pierre disposés en rangée qui ont pu servir à stocker et abriter les armes et les munitions. Le chroniqueur Jean Chartier donne sur l’attaque quelques précisions : “Le conte de Salbery fit asseoir et assortor neuf grosses bombardes et plussieurs gros canons et vouglaires, lesquelles bombardes ou canons après huit ou dix jours commencèrent à tirer incessamment, jour et nuyt, et tellement qu’ilz abatirent les murs de ladite ville plus loingt que le trait d’un arc, et y fist-on plussieurs saillies et escarmouches d’un costé et d’autre. Et finablement fut contraint le dit chevalier de la dite place de rendre iceulx châtel et ville au dit conte de Salbery, et perdirent iceulx chevalliers et ses compaignons tous leurs biens et leurs prisonniers, et s’en allèrent, après la dite place rendue, tous à pié. Et pour les fraitz du dit conte de Salbery fut contrainct le dit chevallier à luy paier la somme de deux cens escuz d’or“. Les murs de la forteresse tombèrent-ils de ce côté ? on ne le sait avec certitude ; il est en effet également plausible que les anglais aient attaqué par le flanc ouest, plus vulnérable car moins escarpé et plus accessible.

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  • La muraille extérieure nord-ouest de Sainte-Suzanne est, de fait, manquante sur une centaine de mètres, dans l’actuel parc du manoir de la Butte-Verte, mais la muraille est (exposée au Tertre-Ganne) a été tellement rabattue et modifiée lors des guerres de Religion (1589), puis lors de la construction du Logis par Fouquet de la Varenne (1608-1610), qu’on ne peut affirmer que l’attaque de 1425 ne l’a pas affectée; l’on ne peut aujourd’hui que mettre en parallèle ces deux hypothèses : bombardement par le nord-ouest ou par l’ est.
  • Arthur de Richemont, Connétable de France avait prescrit dès le 6 août 1425 à Pierre Bessonneau de garnir d’artillerie la place de Sablé. C’est là qu’Ambroise de Loré et ses soldats vaincus viennent se replier et constituent leur base de départ pour de nouvelles attaques.
  • Mais Sainte-Suzanne reste anglaise durant quatorze ans, et doit payer à Jean de Lancastre duc de Bedford, comte du Maine, des “sauvegardes, appatis ou bullettes, et obtenir des anglais des sauf-conduits ou congés“.
  • La ville ne sera reprise qu’en décembre 1439 par les Français emmenés par Jean V de Bueil.

La fin des fortifications moyenâgeuses


Les fortifications sud d'après la maquette du musée de l'Auditoire
  • La capitulation de la garnison marque la fin d’un type de défense. Si forte que fût jusque là sa position topographique, si haut et bien défendus que fussent ses remparts, si vaillants que fussent ses capitaines, la ville ne pouvait résister, sans canon, aux batteries anglaises. Le siège de Sainte-Suzanne marquait la fin de la fortification du Moyen-Âge et ouvrait une ère nouvelle dans l’histoire de l’attaque et de la défense des places.
  • Les remparts de la cité, déjà fortement endommagés côté est, seront à nouveau atteints à la fin du XVIe siècle lors des Guerres de religion. Fouquet de la Varenne les réutilisera en les rasant en partie en 1608, et réaménagera complètement la cour du château en construisant jusqu’en 1613 un corps de logis de style Renaissance.
  • Certains auteurs affirment qu’un gibet, – ou potence où l’on exécutait des condamnés à la pendaison -, était édifié au tertre Ganne, face au château : “Sur le sommet sauvage du tertre, la justice du seigneur avait établi ses piliers, et les corps des suppliciés se balançaient en face des sombres murailles de la ville”. La colline fut nommée aussi “la butte noire” ou la “butte des quatre piliers”. Les piliers auraient disparu aux environs de 1620.