Petite Cité de Caractère et l'un des Plus Beaux Villages de France
Nos logos

Le camp des Anglais


Le camp des Anglais

Le Camp de Beugy ou Camp des anglais est un camp retranché situé à 800 m de Sainte-Suzanne (Mayenne) qui a servi de base de 1083 à 1086 aux troupes de Guillaume le Conquérant, pour assiéger – en vain – la cité fortifiée tenue par le vicomte du Maine Hubert II de Beaumont.

Le camp de Guillaume le Conquérant dans le val de Beugy à Sainte-Suzanne (Mayenne)

Description

  • Le camp de Beugy, dont l’état de conservation est remarquable, est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis le 28 juillet 1937 (Site archéologique : 53 255 3 AH).
  • Il constitue un exemple d’un type d’architecture militaire, celui des remparts de terre et de pierres.
  • Il se trouve à 800 mètres environ au nord de Sainte-Suzanne, entre la route départementale 143 (direction Assé-le-Bérenger) et la voie communale 201, dominant des parcelles de prairies, près de la rivière l’Erve, appelées Beugic par Orderic Vital, puis Beugi, Bongen, Bonjin (cadastre 1842-1843) et aujourd’hui Beugy.
  • Les historiens qui se sont penchés sur ces fortifications s’accordent pour en attribuer la réalisation à Guillaume le Conquérant, mais vu sa taille et sa forme, il est possible qu’il ait été construit sur un ancien camp pré-existant, – dont l’infrastructure aurait été réutilisée -, d’époque gallo-romaine ou celtique. Les propriétés voisines ont pour noms La motte et Châteauneuf.
  • D’une superficie de près de 2 ha 50, il est constitué de deux ensembles de fortifications rectangulaires orientées est-ouest, séparées d’un fossé, entourées de douves, et présentant une configuration originale en forme de fer à cheval. Le flanc sud fait face à Sainte-Suzanne, parfaitement visible mais hors de portée des armes de l’époque. Les élévations de terre, renforcées de pierres mêlées, portaient au XIe siècle des palissades et des tours en bois. Un pont-levis reliait les deux parties du camp.

Les deux parties du camp de Beugi

  • L’ensemble des deux camps, fossés extérieurs compris, couvre environ 230 m sur 110 m (l’enceinte ouest mesure 95 m x 85 m, celle de l’est, plus vaste, 110 m x 100 m environ). Les cours intérieurs sont plates et ont les dimensions suivantes : 70 m x 45 m pour le “petit camp”, 90 m x 55 m pour le “grand camp”.
  • Les différentes appellations du camp attestent du relief des lieux : la motte, les buttes. L’enceinte occidentale est incomplète côté sud : rasée sur plus de 40 mètres, elle a fait place à des bâtiments agricoles déjà présents sur le cadastre du XIXe siècle et qui furent utilisés jusqu’en 1981.

Maquette du camp de Beugy (Musée de l’auditoire, Sainte-Suzanne)

  • Cette structure représente bien la méthode employée par Guillaume le Conquérant depuis le début de ses conquêtes (Brionne en 1047, Domfront en 1049, Arques en 1052…), et décrite par Gabriel Fleury en 1891 dans la Revue historique et archéologique du Maine : “Quand il ne pouvait enlever une ville de vive force et d’un premier assaut, il renonçait immédiatement à de nouvelles attaques (…), bloquait la ville, laissant des soldats dans les retranchements qu’il avait élevés, attendant que l’ennemi, vaincu par la famine, se rendît à sa merci“.
  • C’est précisément ce qu’entreprend Guillaume en 1084 devant la forteresse convoitée de Sainte-Suzanne, et invaincue lors de la première bataille. Orderic Vital, dont le père avait pris part aux côtés de Guillaume à la conquête de l’Angleterre, rapporte dans son Histoire de Normandie, qu’impuissant à enlever la forteresse de Sainte-Suzanne, “le Roi éleva un fort dans le val de Beugic et y plaça une garnison pour contenir l’ennemi“.
  • “Le roi, dit Orderic Vital, ne put assiéger la forteresse, qui était inaccessible à cause des rochers et de l’épaisseur des vignes qui l’entouraient de toutes parts; il ne put pas davantage y bloquer l’ennemi parce que celui-ci se procurait courageusement des moyens de communication“.

L’intérieur du donjon d’Hubert II avant et aprés restauration.

  • Un souterrain, dit-on, menait du château au Grand-moulin ou Moulin au Vicomte, situé sur l’Erve en contrebas, et permettait d’alimenter en farine et vivres divers le château, qui disposait en outre d’un puits au pied même du donjon. La population assiégée pouvait ainsi vivre en autarcie et supporter un siège prolongé.
  • Guillaume plaça une forte garnison dans le camp de Beugy, commandée par l’un de ses plus fidèles capitaines, Alain le Roux.
  • Orderic Vital poursuit : “L’armée du roi, à la tête se trouvait Alain le Roux, comte des Bretons, se faisait remarquer par ses richesses, par ses chevaux et par son appareil militaire; mais les assiégés s’efforçaient de l’égaler en courage et en nombre, car de l’Aquitaine, de la Bourgogne et des autres provinces de France, les meilleurs chevaliers accouraient vers Hubert pour le seconder de leurs efforts et de leur bravoure. Il en résulta que le château de Sainte-Suzanne s’enrichit aux dépens des assiégeants, et que de plus en plus il se fortifia dans ses moyens de résistance. Il arrivait souvent que de riches seigneurs, normands ou anglais, tombaient dans les mains des assiégés : au prix de leur rançon, le vicomte et Robert de Bourgogne, dont il avait épousé la nièce, ainsi que les autres personnes de son parti, s’enrichissaient honorablement“.
  • De 1083 à 1086, Hubert résista aux normands et, chargé des dépouilles de l’ennemi, brava ses attaques. Dans cette guerre, Robert de Vieux-Pont, Robert d’Ussi et plusieurs autres chevaliers normands de distinction furent tués.

La légende de la Mule du Grand-moulin

Au début du XXe siècle, le folkloriste Amand Dagnet écrivit une chanson sur la légende de la mule du Grand-moulin, qui aurait approvisionné en farine le château durant le siège de 1083-1086. (Sainte-Suzanne en chansons, Imp. Goupil, Laval, 1929). Cette chanson fut remise en musique à la fin des années 1960 par le Grand Prix de Rome de musique Jean Deré.

Le grand moulin

  • Chantons tous, le verre à la main, / Blanche-mule du Grand-moulin : / La mule blanche, Blanche-mule, / Du Grand-moulin jusqu’à la tour, / Va son train, jamais ne recule, / En haut, puis en bas, tour à tour. / Vive la bonne mule blanche / Qui jamais ne bute ou ne flanche !
  • Quand l’ennemi, de toutes parts, / Nous assiège dans nos remparts, / Monsieur l’Anglais garde la porte, / Attendant qu’on meure de faim… / Il peut ! car Blanche-mule apporte / La farine du Grand-moulin. / Vive la bonne mule blanche…
  • La mule seule, assurément, / Vaut bien autant qu’un régiment : / Grâce à son pied sûr et rapide, / Nous avons le bon pain de blé… / Grand Dieu ! merci ! car ventre vide / Aurait vite capitulé. / Vive la bonne mule blanche…
  • L’assiégeant ne se doute pas / Que sous son nez ? Non, sous ses pas, / Blanche-mule, active, s’empresse / A nourrir ses chers Suzannais, / Et qu’en cheminant elle laisse / … Des crottes, pour Monsieur l’Anglais ! / Vive la bonne mule blanche…